Les prescriptions du Dr Muller

The Smoke : sucres acidulés et guitares vibrantes

« My Friend Jack » fût le seul succès de ce groupe anglais psyché-pop.

 

smokeLes paroles de « My Friend Jack » se réfèrent à un ami Jack qui gobe des cubes de sucre. Jusque là rien de très dérangeant ou subversif. Mais ensuite, il s'avère que cet ami Jack voyage sur tous les continents et endroits possibles, qu'il traverse un océan, entend le doux son des roues en mouvement, voit le faucon voler dans les nues pour rejoindre le soleil. Bref, il s'agit d'un voyage et vu l'époque (1967), il ne peut s'agir que d'un voyage psychédélique au LSD 25.

 


My Friend Jack

Plus que tout autre groupe, The Smoke, symbolise le Londres psyché-pop de 1967. Ce qui, en soi, est ironique car à l'époque, le groupe vendit plus de disque en Europe qu'en Angleterre. Leur son est une réminiscence à la fois des Who, Small Faces, pour l'attaque frontale et brutale des guitares et des Beatles pour les harmonies vocales soigneusement étudiées.

The Shots

Le groupe est originaire de la région de York dont sont originaires le bassiste Zeke Lund et le guitariste Mal Luker. Le duo s’accoquine bientôt avec le batteur Geoff Gill. A cette époque (1963), ils jouent un rock basique mais bien vite, car les temps changent, ils se mettent au mersey-beat et engagent le chanteur Mick Rowley et le guitariste rythmique Phil Peacock, réfugiés d'un groupe nommé The Moonshots. Pour faire court, ils se rebaptisent The Shots et s'orientent ensuite vers un rock à la Small Faces et s'en vont tenter leur chance à Londres. Là, ils rencontrent un couple d'agents, Jack Segal et Alan Brush qui les prennent en main et leur fournissent l'argent pour les répétitions, le matériel et les font signer avec le producteur indépendant Monty Babson. The Shots enregistre alors quatre titres dont deux sortent sur le label EMI-Columbia.

Managers gangsters

Jusque là tout va bien mais Phil Peacock qui n'apprécie pas le nouveau son du groupe les quitte. Or, c'est lui qui avait la connexion avec les deux agents... C'est ainsi que le groupe se retrouve dans une situation bizarre : sans managers mais avec un contrat d'enregistrement. Il reçoit alors une proposition émanant de deux hommes d'affaires : les jumeaux Ron et Reg Kray. Ces jumeaux, c'est un peu les Carbone et Spirito de Londres à l'époque. Le groupe signe avec les Kray mais ceux-ci ne s'occupèrent jamais d'eux (heureusement ?) car ils étaient plutôt spécialisés dans le recouvrement musclé des frais de « protection » auprès des boites de nuit que dans la programmation de groupes. The Shot décide alors d'abandonner le contrat ce qui leur donne du temps libre pour enregistrer.

De The Shots à The Smoke

smokeC'est pendant cette période qu'ils adoptent le patronyme de The Smoke, référence sibylline à la marijuana. Un des titres qu'ils enregistrent à cette occasion est « My Friend Jack » composé par Rowley et Gill, une chanson mod aux accents psyché-pop. Avec son rythme entrainant, son mélange de crudité et d'éclaboussures de réverbération guitaristique, c'est un morceau planant, accrocheur, entrainant que l'on peut qualifier de psyché-punk. Mais la référence au LSD est si visible que la chanson doit être réécrite avant que EMI ne la publie. Elle sort en février 1967 mais elle se heurte à une sérieuse concurrence, rien moins que « Penny Lane » et « Strawberry Fields Forever » des Beatles. Elle plafonne au n° 45 du hit-parade et n'est classée que pendant 3 semaines suite au bannissement du titre des ondes par la BBC.

Voici l'objet du délit :

Mon ami Jack avale des morceaux de sucre.
Monami Jack avale des morceaux de sucre.
Oh que de merveilles il voit.
Oh que de merveilles il voit.

Il a visité tous les pays
Traversé l'océan
Entendu le doux bruit des roues en mouvement
Vu le faucon s'envoler haut dans le ciel
Pour rejoindre le soleil couchant

Mon ami Jack avale des morceaux de sucre.
Mon ami Jack avale des morceaux de sucre.
Oh que de merveilles il voit.
Oh que de merveilles il voit.

Il a visité tous les pays
Il a vu les gens de la ville
et ses lumières qui brillent intensément
Il a suvi des traces dans la poussière jusqu'à l'éternité

Il a mangé du sucre de canne à Cuba
Essayé d'en faire pousser au Japon
Il es célèbre sur la côte Ouest
Les kids l'appelent l'homme aux sucres

Mon ami Jack avale des morceaux de sucre.
Monami Jack avale des morceaux de sucre.
Oh que de merveilles il voit.
Oh que de merveilles il voit.

Il a visité tous les pays
Traversé l'océan
Entendu le doux bruit des roues en mouvement
Vu le faucon s'envoler haut dans le ciel
Pour rejoindre le soleil couchant

Mon ami Jack avale des morceaux de sucre.
Monami Jack avale des morceaux de sucre.
Oh que de merveilles il voit.
Oh que de merveilles il voit.

Il a visité tous les pays

Malgré que les paroles aient été réécrites la référence à l'acide lysergique reste plus que transparente...

Nul n'est prophète....

C'est le flop en Angleterre mais ça marche du feu de dieu en Europe et plus particulièrement en Allemagne où le groupe a la chance de participer à l'émission « Beat Club » en compagnie de Jimi Hendrix et des Who. « My Friend Jack » se hisse au sommet du hit-parade germain ce qui permet aux Smoke de tourner avec les Small Faces et les Beach Boys. Ils sont connus maintenant en France, en Autriche, en Suisse. Arrive ensuite une demande pour un album. Facile, ils se servent des titres enregistrés en 1966 pour Babson. Figurent sur cet album des morceaux comme « High In A Room », « Have Some More Tea », « We Can Take It» qui auraient pu succéder à « My Friend Jack » mais ce ne fût pas le cas.

La fumée se dissipe

Le quart d'heure de gloire de The Smoke se termine après avoir refusé de revenir en Angleterre pour une session d'enregistrement pour Chris Blackwell qui avait racheté leur contrat aux frères Kray, fin 1967. Cependant, ce quart d'heure de célébrité s'est prolongé avec en 1er lieu la version inattendue de leur tube par Boney M en 1980 (n° 5 en Allemagne). Plus intéressantes sont les version des Wondermints en 1998 et celle de Death By Chocolate en 2001. Cependant, on peut affirmer qu'aucune de ces versions n'arrivent à la hauteur de l'original : manquent à la fois l'énergie et l'innocence de ces temps où l'on avalait un cube de sucre pour voyager...

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