Les prescriptions du Dr Muller

Marie-la-fière et Suzie Q sont nées dans le Bayou

  creedence

Un des plus célèbre groupe du monde

Creedence Clearwater Revival a été l'un des groupes les plus célèbres du monde entre 1968 et 1972. Des millions d'albums et de singles vendus grâce à la voix puissante de leur chanteur John Fogerty et leur musique, un blues-rock puissant et proche des racines. Mais la critique branchée ne les aimait pas. Trop commerciaux pour être honnêtes en quelque sorte. Et puis, la critique rock qui était entichée soit des groupes californiens ou du rock progressif naissant avait du mal avec ces quatre musiciens qui n'étaient ni des hippies malgré les cheveux longs - de rigueur - ni des aventuriers du son ou de la fusion des genres. Pourtant le rock de Creedence Clearwater Revival n'a pas vieilli et procure autant de plaisir qu'à l'époque où il a envahi les hit parades.

Avant d'être le groupe qui a engrangé tube sur tube, Creedence a connu les galères et le doute. A la fin des 50's, John Fogerty, guitare, chant, Tom Fogerty, guitare, chant, Stu Cook, basse et Doug Clifford, batterie forment un groupe, The Blue Velvets qui joue des reprises des succès du jour dans les bars. En 1964, le groupe signe avec Fantasy Records, un petit label de la baie de San Francisco spécialisé dans le jazz. Max Weiss, le co-propriétaire du label renomme le groupe The Gollywogs d'après un personnage populaire de la littérature pour enfants. Le groupe déteste ce patronyme qui ne fait d'ailleurs rien pour leur procurer quelque succès ou reconnaissance hormis une reprise du "Brown-Eyed Girl" de Van Morisson.

La chance tourne 

En 1967, la chance tourne enfin. Le label est racheté par Saul Zaentz qui leur propose d'enregistrer un album à condition qu'ils changent de nom. La proposition des quatre musiciens, Creedence Clearwater Revival, est acceptée avec enthousiasme par Zaentz. L'album qui sort en 1968 est remarqué par la presse rock de l'époque. Le single tiré de l'album,"Suzie Q", une reprise du tube du rocker Dale Hawkins, est programmé sur les radios de Chicago et de San Francisco et se classe à la 11ème place dans le top 40. La force du groupe est de fédérer des audiences diverses sinon antagonistes : "A une époque ou l'audience était déjà divisée en sous groupes antagonistes - fans purs et durs de rock'n roll vs hippies intégristes, gamins des lycées vs étudiants, radios grandes ondes vs radios FM, Creedence nous réunissait tous tout en étant pris au sérieux par l'industrie/les médias/les fans qui étaient les arbitres ultimes en la matière" écrit Ellen Willis dans "L'histoire illustrée du Rock'n Roll de Rolling Stone".

 

Born on the Bayou - Proud Mary

Le groupe se met ensuite à tourner intensément pour capitaliser sur ce premier succès et enregistre son second album dans la foulée. Ce dernier, Bayou Country's, (1969) voit le groupe singulièrement affuté par les concerts qu'ils donne sans désemparer.  Il contient l'un des plus grand succès de Creedence "Proud Mary" et un de leurs plus grands morceaux "Born On The Bayou". Il y a aussi le torride "Keep On Chooglin'" avec lequel ils terminent tous leurs concerts et une reprise frénétique de Little Richard "Good Good Miss Molly". John Fogerty s'affirme de plus en plus comme le leader du groupe. Il s'occupe des enregistrements, compose les chansons, produit. Ce qui n'est pas sans provoquer des disputes car tout le monde voudrait caser ses idées. Mais comme le dit Fogerty : "Tout le monde voulait chanter, écrire, produire, hein ? C'était après 10 ans de galère. Nous étions maintenant dans la lumière des projecteurs. J'ai dit aux autres que si nous nous manquions, la lumière des projecteurs en éclairerait d'autres. Je ne voulais pas retourner laver des voitures." (ibid).

 

Quelques semaines après la sortie de l'album, en mars 1969, c'est "Bad Moon Rising" qui se classe à la deuxième place des charts. Puis vient le troisième album, Green River, dont le single extrait du disque, "Green River" va directement à la deuxième place tandis que la face b, "Commotion" se console avec la 30ème. Le groupe continue à tourner intensément et se produit même à Woodstock mais à 4 h du matin après que le Grateful Dead ait envoyé tout le monde dans les bras de Morphée. Mais Creedence s'en fout car il prépare la sortie du 4ème album, Willy And The Poor boys qui sort en novembre 1969. C'est encore un carton. "Fortunate Son" qui évoque les différences de classe (je ne suis pas un fils de riche, je ne suis pas né avec une cuillère en argent dans la bouche) et fait référence aux enfants des classes pauvres qui vont au casse-pipe au Viet-Nam tandis que les fils de riche restent au pays, se classe en 14ème position. 1969 est une année exceptionnelle pour le groupe : trois albums dans le top 10, quatre single n° 2 et des face b classées.

 

1970 ne se présente pas mal non plus puisque le single "Travelin Band"/"Who'll Stop The Rain" va directement en deuxième place. Le groupe fait la couverture du magazine Rolling Stone mais seul Fogerty est interviewé. Il est vrai que Creedence sans Fogerty (John) ce n'est plus rien tandis que l'inverse... En avril 1970, le groupe effectue sa première tournée européenne. A cette occasion, le groupe sort "Up Around The Bend"/"Run Through The Jungle" (consacré au problème de la violence urbaine naissante aux USA).

Cosmos Factory - le chant du cygne 

Le 4ème album, Cosmos Factory, est considéré comme l'un des meilleurs, sinon le meilleur du groupe. Il contient une version fleuve du titre de Marvin Gaye "I Heard It Through The Grapevines" où la voix ravageuse et la guitare de John Fogerty font merveille. Citons aussi une version copie carbone du "Ooby Dooby" de Roy Orbison, "Looking Out At My Back Door", "Long As I Can See The Light" qui font encore un malheur dans les charts (n°2). Mais les tournées incessantes et les heures de studio commencent à miner les relations entre les musiciens. Pendulum qui sort fin 1970 voit la musique du groupe évoluer. Il contient encore deux succès, "Have You Ever See The Rain"et "Hey Tonight". Mais Tom Fogerty lassé de n'avoir pas voix au chapitre quitte le groupe. John tente de recoller les morceaux et promet désormais que tout le monde pourra participer au processus créatif. Tom rentre au bercail

Mais la décision n'est pas si judicieuse car l'album suivant, le 5ème du groupe, Mardi Gras (1972), est fraichement accueilli par la critique et, plus grave, par le public. Cela n'arrange pas les relations entre John Fogerty et les autres d'autant que Saul Zaentz n'a pas tenu sa promesse de changer le contrat du groupe et que Cook reproche à John d'avoir signé le pire contrat qui ait jamais existé pour un artiste américain. En octobre 1972, la séparation est officielle.

Saul le cupide 

Comme on peut s'y attendre, seul John Fogerty fera une carrière post Creedence digne d'intérêt même si celle-ci sera marquée par une bataille féroce avec Saul Zaentz. Après sa séparation, le groupe devait encore enregistrer 8 albums pour Fantasy ! Après avoir sorti son album country solo (vraiment solo car il joue de tous les instruments) The Blue Ridge Rangers (1973), Fogerty refuse tout simplement d'enregistrer quoique ce soit pour le label. La situation ne se clarifiera qu'en 1985 après que David Geffen d'Asylum Records ait versé un million de dollars pour racheter le contrat de John. L'album de Fogerty, Centerfield (1985), est un succès mais Fogerty n'en a pas fini avec Zaentz qui le poursuit pour plagiat : "The Old Man Down The Road" ne serait qu'une copie de "Run Through The Jungle" dont les droits appartiennent à Zaentz. Fogerty est en quelque sorte accusé de s'être auto-plagié... Il est vrai que Fogerty n'y a pas été avec le dos de la cuillère avec deux titres de l'album explicitements dédiés à Zaentz, "Mr Greed" (Mr Cupidité) et "Zantz Kant Danz" (Zantz ne peut pas danser). Ce qui lui vaut deux autres procès d'un Zantz rancunier.

 

Ce n'est qu'en 1987 que Fogerty interprêtera à nouveau des morceaux de l'époque Creedence, ce qu'il n'avait pas fait depuis 1972 pour ne pas avoir à payer des royalties à Zaentz. C'est une remarque de Bob Dylan qui a fait changer Fogerty d'avis. Dylan après avoir déclaré que "Proud Mary" était l'une de ses chansons favorites, faisait remarquer que 20 ans après sa sortie la plupart des gens pensaient que c'était un titre d'Ike And Tina Turner.

 

En définitive, Creedence Clearwater Revival a bien passé le test du temps. Leur rock proche du blues et des pionniers, qui était en total décalage avec le psychédélisme, a moins et mieux vieilli que celui de pas mal de groupes de l'époque. Comme quoi porter des chemises à carreaux et être originaire de la classe ouvrière ne signifie  pas forcément jouer une musique de bucheron sans subtilité. Bon, il est vrai que les compositions et la voix de Fogerty y sont pour beaucoup et que ce qui passe pour être le truc le plus branché à une époque, est souvent le truc le plus ringard de l'époque qui suit...

 

 

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