Les prescriptions du Dr Muller

Le chainon manquant du rock australien : The Missing Links


Durant sa brève existence ce groupe sauvage et rebelle aura eu le temps de dynamiter la scène australienne et d'ouvrir la voie à la scène indépendante

 

missing linksTrop fort, trop outrageux, trop erratiques, trop provocants, trop jeunes, trop destructeurs, trop effrayants, trop violents, trop. Tels sont les qualificatifs que l'on peut appliquer aux Missing Links, un groupe largement en avance sur son temps. Et l'époque, 1964, en Australie n'est pas particulièrement favorable aux chevelus armés de guitares qui font un bruit capable de choquer tous les adeptes de la variété bien sage.

Les pionniers du punk sixties australien

En trois ans, le groupe aura survécu à un changement complet de ses membres. Il aura fait les gros titres de la presse à scandale à cause de leurs cheveux outrageusement longs à l'instar de leurs inspirateurs anglais, les Pretty Things. Il aura été aussi le premier à expérimenter le feedback et à détruire son matériel sur scène alors que les autres groupes en sont encore à reprendre les Beatles et les Shadows et à porter des costards brillants.

La formation

missing linksTout commence début 1963 quand le fan de blues et de jazz, Peter Anson, forme un trio pour jouer du Chuck Berry, Fats Domino et des morceaux des Beatles. Anson voit la lumière à l'écoute d'un EP des Rolling Stones. Il fait paraître une annonce pour recruter des musiciens. Arrivent alors le batteur Danny Cox, Ronnie Peel et Dave Boyne du groupe de surf les Mystics. Peter Anson, à l'époque, a les cheveux les plus longs de Sidney ce qui n'est pas sans causer de problèmes avec ceux qui ne supportent pas les « femmelettes ». Ils choisissent leur nom, les chainons manquants, après qu'un propriétaire de club qu'ils démarchaient pour jouer leur ait dit qu'ils étaient un croisement entre l'homme et le singe, des « missing links ». Adopté. Ils seront dorénavant les Missing Links.

Premiers scandales

Les Missing Links ne feront qu'une seule apparition à la télévision sur la chaîne ABC et se verront obligés de répondre eux-mêmes aux téléspectateurs scandalisés par leur apparence. Quand l'animateur de télévision australien le plus célèbre à l'époque, Johnny O'Keefe, annonce qu'il ne programmera aucun groupe chevelu dans son émission « Sing, Sing, Sing », c'est aux Missing Links qu'il pense... De même, le promoteur Harry M Miller qu'ils contactent pour la première partie des Rolling Stones, les regarde, et s'assure qu'ils n'auront pas le boulot.

1er single

En mars 1965 sort « We 2 Should Live », un mois avant le premier single des Easybeats. Mais ce n'est pas un succès et débute alors une période confuse pendant laquelle les membres originaux quittent le navire un à un et sont remplacés par le guitariste Doug Ford qui, à 19 ans, est le plus âgé de la nouvelle formation. Il y aussi le chanteur néo-zélandais Andy James et deux ex Showmen, Baden Htchins et Ian Tomas. N'oublions pas le guitariste rythmique, John Jones issu des Mystics qui fait le lien avec la formation précédente où figuraient deux ex Mystics. Enfin pour un supplément gratuit d'orgue, il y a Chris Gray.

Tu me rends cinglé

Cette nouvelle formation est presque immédiatement signée par Phillips qui a l'époque cherche des substituts australiens aux Rolling Stones et Pretty Things. Août 1965, le groupe enregistre une petite bombe nucléaire punk : « You're Driving Me Insane ». Tout y est : arrogance, riffs violents et accrocheurs, vocaux sauvages, rythmique déchainée, rien à envier à leurs inspirateurs anglais. Mais malgré cela, le single se vend mal.

 


You're Driving Me Insane

Sauvages

missing linksSur scène, les prestations des Missing Links sont encore plus sauvages que celles de la première mouture du groupe. Andy James, le chanteur, est une légende, Iggy Pop avant l'heure. Il se cogne contre les murs, se pend aux amplificateurs, met sa tête dans la batterie. Les autres ne sont pas en reste avec un accoutrement le plus étrange possible et les tonnes de larsens, feedback, fuzz, réverbération et effets divers qu'ils ne se privent pas d'envoyer à la figure d'un public qui n'a jamais vu ou entendu ça avant eux. Durant leurs shows, ils interprètent une version de « Mama Keep Your Big Mouth Shut » de Bo Diddley, qui peut durer jusqu'à 40 minutes.

 


Mama Keep Your Big Mouth Shut

Wild About You

Malgré l'échec du premier single, Phillips persévère et sort « Wild About You », un classique garage-punk repris par les Saints sur leur 1er album, Stranded. Vient ensuite « H'Tuom Tuhs » qui est en fait « Mama... » enregistré à l'envers. Il y aura même un album fait de bric et de broc avec les singles et des titres comme « Bald Headed Woman » repris aussi par les Who ou « Some Kinda Fun » qui rappelle les racines surf du groupe. Figurent aussi sur l'album deux titres d'Eddie Cochran, joués par les Missing Links d'une manière que n'auraient pas renié les Flamin Groovies 1ère période : « Nervous Breakdown » et « Somethin' Else ». N'oublions pas, en conclusion, une reprise de Dylan "On The Road Again" peu évidente, à l'époque, au pays des kangourous.

 


Wild About You

Avril 1966, l'aventure est terminée. Mais si, à leur époque, les Missing Links n'ont pas été des prophètes, ils ont marqué au fer rouge le rock australien. On a déjà noté que les Saints s'en sont inspirés, on pourrait aussi ajouter à la liste Radio Birdman, les Hoodoo Gurus, The Church, les Beast Of Bourbon, The Scientists, The Fun Things, The Celibate Rifles, The Sunny Boys qui, tous, à un degré plus ou moins important doivent quelque chose à ces pionniers.

 

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